la liberté du centaure

Mon paysage-cheval est un paysage toujours mobile et toujours susceptible de mouvements brusques et soudains comme l’éclair. Et c’est dans ce mouvement, qui est d’abord rythme à quatre temps, que le cheval devient véritablement un trait d’union entre l’homme et ce qui l’entoure et permet à l’homme de s’immerger dans ce milieu, d’être parmi, de manière beaucoup plus profonde que dans la marche. Car le cavalier doit déjà accepter la part de nature sauvage que contient son cheval. Il doit l’accepter et mieux encore, il doit la devenir …

Ce petit livre est lu en une heure et emporte le lecteur dans la sensualité du voyage à cheval.

J’ai eu l’occasion d’expérimenter le voyage à cheval en solitaire sur une courte période – une semaine – dans un pays inconnu, avec pour tout guide des cartes au 1:25000 ‘stabilobossées’ en jaune et rose. Même si c’était il y a 25 ans, j’en ai encore des souvenirs émotionnels et kinesthésiques (relatifs au mouvement) très présents. Le cheval que je montais s’appelait Jolly Jumper et, à part sa robe baie, il ressemblait comme deux gouttes d’eau au cheval blanc de notre enfance, fidèle compagnon de Lucky Luke. Attentif à chaque minute, endurant et persévérant, et capable de s’adapter à toute situation inédite sans paniquer, je l’ai découvert au fil de ces quelques jours exceptionnels.

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Passer sa journée sur les chemins, les sentiers et les routes à la vitesse d’un cheval au pas, se déplacer ainsi sur de longues distances, provoque en l’Être une expansion de sa conscience de vie. De plus, le rapport au cheval, ce contact permanent avec un animal sensitif, nous impose de rester dans l’instant présent. Le corps devient réactif au moindre stimulus de l’environnement, autant par la perception des réactions du cheval que par l’habitude d’anticiper tout en évitant la crispation et en restant détendu. La pensée très mentale, calculatrice, ne peut alors plus occuper l’espace intérieur, elle est reléguée de manière imperceptible dans un mouchoir de poche et laisse ainsi la place à une connexion au cœur, à l’Être, à l’intuition, voire à l’inconscient.

Extraits

De vertèbre à vertèbre avec mon cheval et pas à pas j’irai nulle part, dans ce voyage qui ne peut me conduire qu’au centre le plus âpre de moi-même, là où la limite du désir de liberté est aussi celle de mes propres forces physiques : s’arrêter pour dormir ou poursuivre au fond d’une vallée sans fin ?

Car d’un bord à l’autre des continents, à la fois cow-boy et sultan, l’homme de cheval qui voyage est Un. Religieusement, il cultive une liberté de couple. Il fait corps avec l’âme du cheval, le corps du cheval attentif à son âme, et il danse dans le vent sur la musique invisible des sphères et danse droit devant, easy rider.

Le voyage est un mode de vie. Le cheval est un mode d’être au monde. Le voyage à cheval ne se résout ni à l’un ni à l’autre, il est en soi un univers. Avec le cheval, on n’est pas seul comme on le serait à pied ou à vélo, mais déjà dans un creux, dans un pli d’intimité qu’on déplace avec soi. C’est cette intimité de chaque seconde, au cœur même de la plus grande étrangeté, qui fait la force et la spécificité du voyage à cheval.

La relation de tout cavalier à son cheval est faite en premier lieu d’équilibre.

Je rêvais d’ajouter à l’art de faire coeur avec le dos pensant du cheval, la joie de parcourir. Je rêvais de cette liberté solitaire, je rêvais d’excursion et d’extase, si excursion renvoie bien à l’idée de courir hors de et extase à celle d’être hors de soi-même. Oui, le cavalier-voyageur se distingue des autres cavaliers dans son désir de partir au-devant du monde, de sortir hors des remparts rassurants de son univers. Il y a en lui un désir de steppe, un désir de vent, qui est essentiellement un besoin de s’affranchir de la polis, des contraintes et des lois de la Cité.

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