retrouvailles

  • Bonjour, petite Tita ! Bien dormi ?

  • Bonjour, Toi …. Mmmmhhhh oui, j’ai bien dormi. Tu sais, j’aime dormir et, depuis que tu es là, je dors mieux.

  • Ah bon ? Et comment dormais-tu avant, ma petite Tita ?

– Ben… c’était pas pareil… je dormais bien, mais je faisais des rêves bizarres, des cauchemars plutôt… Et souvent je me réveillais toute transpirante, avec des larmes qui coulaient alors que je ne savais même pas que je pleurais… Ça me faisait peur, ces moments-là. Et après, je restais seule éveillée dans mon lit, dans le grand silence de la maison. Je me demandais même parfois si mes parents et mes frères étaient encore là. Je rêvais d’un incendie qui brûlait la maison. Ou qu’on était obligés, toute la famille, tout le village, de fuir dans une énorme diligence à plusieurs étages parce qu’il y avait des hommes en blanc qui voulaient nous attraper pour nous enfermer dans un enclos avec de l’herbe et de grands grillages tout autour. Une fois, ils ont réussi à m’attraper. Je me collais contre la grille, je hurlais !

  • Tu as dû avoir sacrément peur, dis-moi…

  • Oh oui ! C’était terrifiant… et je n’aime pas trop y repenser, parce que j’ai peur que ces cauchemars reviennent… Dis, Mains Tenant, tu seras là, si je me réveille en pleurant après un cauchemar ?

  • Bien sûr que je serai là !!! Maintenant que je t’ai retrouvée, je ne vais plus te quitter.

  • C’est bien vrai ? Tu sais, moi je suis vraiment contente que tu m’aies retrouvée… J’ai attendu longtemps, très longtemps, et j’étais toujours seule… chaque jour, chaque nuit. Je ne comprenais pas ce qui se passait souvent et personne pour m’expliquer, personne pour m’écouter quand j’avais mal… Bon, j’avais les livres, hein ! Heureusement, d’ailleurs… et mon chien. Mais lui, il était bien embêté pour m’expliquer, tu comprends ?

  • Oui, je comprends très bien, petite Tita. Moi, de mon côté, je t’ai cherchée longtemps aussi, vois-tu. Je savais que tu étais quelque part, que tu n’étais pas très heureuse, que tu avais mal. Je sentais au fond de moi que tu avais même très mal, mais j’avais beau chercher, c’est comme si le monde t’avait cachée à moi.

  • Comment c’est possible ? demanda Tita. J’étais là, pourtant. Tellement petite que je ne pouvais pas aller bien loin…

  • C’est un mystère, je sais. Et puis, je dois bien t’avouer que j’étais très occupée ailleurs, par le monde. Je croyais que je ne pouvais plus rien faire pour toi… Que tu étais partie, avec toutes tes souffrances, te cacher dans une grotte pour que personne ne te retrouve…

  • C’est vrai, ça ! J’ai attendu tellement qu’à la fin je me disais que personne ne viendrait et j’avais tellement peur que parfois je me cachais. Je me disais que, si je n’existais pas, si personne ne pouvait me voir, alors je n’aurais plus mal. Tu sais, il y a des gens qui décident de mourir pour ne plus exister… Comment ça s’appelle déjà ? Ah oui, le suicide… Ben moi, tu vois, j’ai souvent pensé que ce serait mieux si je n’existais pas, si je disparaissais de la surface de la terre. J’avais tellement l’impression d’être un boulet, d’être celle de trop, celle qui ne comprenait jamais rien à rien et qui ne faisait jamais les choses comme il aurait fallu que j’en étais arrivée à penser que tout le monde, ma famille hein, serait bien contente si je n’existais plus, que cela serait plus simple pour eux.

  • Ouh la la, c’est dur, ce que tu dis là, Tita ! Je ne pensais pas que c’était à ce point-là ! Tu as dû te sentir terriblement seule pendant toutes ces années. Mais, dis-moi, si tu ne l’as pas fait, c’est que tu avais – et tu as encore – une sacrée dose de courage ??!!

  • C’est ça, le courage ?

  • Oui, je crois bien que c’est ça.

  • Ça m’étonne… Moi je croyais que le courage, c’était ce qui permettait de sauter très loin, par-dessus le vide, par exemple. Ou de partir à l’aventure dans un pays éloigné que l’on ne connaît pas…

  • C’est cela aussi, le courage, je te l’accorde. Pourtant, pour rester en vie quand ça fait très mal, il faut aussi beaucoup de courage.

  • Attends… moi je crois que ce qui m’a fait rester malgré tout, ben c’est l’amour des arbres et des animaux. La nature, elle, elle m’a toujours accueillie. Elle m’a toujours ouvert ses bras. Je me sentais bien au bord du ruisseau, à regarder l’eau couler. Je construisais de petites embarcations avec des bouts de bois et des petites feuilles et je les faisais naviguer au fil de l’eau… Je regardais quand elles se retournaient pour sombrer et je recommençais. J’aimais aussi les fleurs, les herbes. Et surtout, ce que j’aimais par-dessus tout, c’était les chevaux. J’allais au pâturage et je regardais les chevaux brouter, se défaire des mouches avec leur queue, leur tête, leurs sabots. Leur grande masse ne m’a jamais fait peur. Et quand je pouvais en toucher un, j’essayais toujours de lui faire un bisou là où c’est tout doux, près des naseaux…

  • Ah, tu aimes les chevaux aussi ? comme moi ? tu sais, je crois que je tiens ça de toi… ça doit être grâce à toi qu’ils me font autant de bien aujourd’hui…

  • Oh génial ! Dis, Mains Tenant, t’es d’accord qu’on aille voir des chevaux aujourd’hui ?

– Bien sûr !!! Viens, allons-y…

Mains Tenant passa quelques doigts dans les cheveux fins de Tita qui la regarda, émerveillée, de ses grands yeux noisette, et lui prit délicatement la main. Petite Tita serra très fort la grande main fine qui la tirait vers l’avant et, ensemble, elles partirent pour une grande ballade dans les vertes collines du Jura.

Tita qui soigne son Enfant intérieur
16 septembre 2011

Une réflexion au sujet de « retrouvailles »

Commentaires bienvenus !