ses ailes à eLLe

Sa mère était bien embêtée avec cette petite fille qui, à peine s’est-elle tenue sur ses jambes de bébé, exigeait d’elle qu’elle arrête immédiatement la voiture sur le bas-côté de la route dès le moment où elle apercevait, à proximité ou au loin, un spécimen équin ! Il lui arrivait bien parfois d’obtempérer, mais souvent elle se retrouvait contrainte de continuer sa route, pressée par les automobilistes qui suivaient et qui manifestement ne voyaient pas le même paysage enchanteur. Quels n’étaient pas alors les cris de frustration qui auraient pris au ventre n’importe quelle personne un tant soit peu sensible aux désirs immédiats et innocents de la prime enfance.

Quelques années plus tard, quand elle eut atteint l’âge de partir quelques heures dans la nature environnant le village, Mara passait la plupart de son temps libre dans les pâturages, les ruisseaux et les clairières. Avec son amie d’enfance, celle qui lui avait appris à se passer des petites roues stabilisatrices de son vélo lors de leur première rencontre à 4 ans, elle partait observer les bons gros chevaux franches-montagnes qui paissaient à la belle saison dans ces collines jurassiennes. Le mercredi après-midi était dévolu à leurs courses de motte en motte, à leurs récoltes de noisettes et faines, mûres et coucous et, quand un troupeau de quelques chevaux se montrait, elles s’asseyaient toutes deux dans l’herbe, calmes et silencieuses, pour ne pas les effaroucher et les regarder à loisir.

Plus tard, avec deux autres copines du village, elles jouèrent aux amazones : elles allaient chercher une bride chez le fermier, marchaient jusqu’au pâturage. Commençait alors la traque : il fallait trouver le troupeau et capturer le cheval correspondant à la bride. Une fois celui-ci attrapé et bridé, il s’agissait encore de le convaincre de quitter ses compagnons et surtout de réussir à se hisser sur son dos.

N’ayant pas de selle, donc pas d’aide pour gravir cette montagne de muscles récalcitrante, elles se débrouillaient pour trouver une grosse pierre ou un tronc mort suffisamment haut de manière à réduire la hauteur, si et seulement si leur monture voulait bien rester alignée le long de leur escabeau de fortune ! Une qui grimpait sur le tronc et les autres qui poussaient le cheval contre lui, tentaient de le maintenir ainsi pendant qu’elle montait sa jambe aussi haut que possible, posant son pied sur la croupe du cheval, et hop un coup de rein pour pousser toute la masse de son corps et prendre son équilibre sur le dos doux et chaud du grand animal.

Et c’était alors parti pour une grosse rigolade, à parier combien de temps la cavalière resterait en place. C’est qu’ils étaient bien ronds, ces bougres de chevaux, et elles pas très grandes ! Sans selle, le moindre mouvement brusque de leur monture, sur la droite ou la gauche, suffisait à les faire verser dans le vide. Pire encore était le passage du cheval sous un arbre aux branches basses : c’était la chute assurée ! Celle qui tombait passait donc son tour et il fallait retrouver une grosse pierre ou un tronc mort pour recommencer le tout avec la suivante.

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