star dust ~ 1

J’ai vécu dans mon enfance et ma jeunesse bien des aventures avec les chevaux. Il en est une qu’il m’est impossible de passer du JE à eLLe, parce qu’elle résonne en moi comme un coup de poignard dans le cœur d’une enfant.

Je devais avoir 12 ou 13 ans, je pense. Peut-être un peu plus … Au printemps, avec les fleurs naissent les poulains. Dans le village de mon enfance, plusieurs paysans possédaient encore des chevaux Franches-Montagnes comme je l’ai déjà un peu raconté dans ses ailes à eLLe et, aux premiers beaux jours, dès mon retour de l’école, je changeais de fringues ~ je mettais mes °habits du dehors° ~ et ressortais aussitôt pour aller courir la campagne. J’avais un chien alors. Tchabouk. Dans la famille, je pense que je suis celle qui, avec mon père, l’a le plus emmené en balade. Au milieu de l’excursion, il se ‘sauvait’ et je rentrais fréquemment sans lui ! De même, si j’allais voir les chevaux, il ne faisait pas partie de l’expédition. Trop intenable dans la cour d’une ferme !

Nous vivions, mes deux frères aînés et mes parents, dans une maison couchée à plat … tellement à plat qu’à l’époque de sa construction par mon père architecte au tournant des années 70 , les villageois avaient imaginé une porcherie !!! Pas d’escalier, si ce n’est pour aller à la cave … tout sur un rez-de-chaussée, avec deux grandes places couvertes, une au Sud, une au Nord. Au Sud également, une  ouverture sur un jardin, une piste de pétanque, quelques arbres fruitiers. Et les serres et les lignes de salade de mon papa, tracées au fil à plomb !

Notre demeure, située en bordure d’une longue rue de village, menant de la laiterie à l’église et au cimetière, était entourée de fermes. Trois pour les plus proches. Une à droite (sud-ouest), une en contrebas vers l’église (nord-est) et celle qui faisait suite, également en contrebas mais à l’ouest cette fois, à la descente de la rampe d’accès à notre ‘porcherie’.

C’est cette dernière ferme que je connaissais le mieux. Les enfants du couple de paysans avaient mon âge ou celui de mes frères, nous avons usé nos culottes courtes sur les mêmes bancs d’école élémentaire et joué aux mêmes jeux collectifs sur la place de l’église, armés d’un seul ballon. Mes frères parcouraient le village sur leur vélo trafiqué ‘trial’ et moi je m’enfilais dans les cuisines des fermes, sur les poêles chauds où les chats se réfugient en hiver, dans les étables à l’odeur forte de lait chaud et de bouse, dans la grange à la recherche de la dernière portée de chatons …

Un printemps, des deux juments que possédait Monsieur le paysan d’en-bas naquirent deux magnifiques poulains que j’eus tôt fait de visiter dès qu’un quart-d’heure de liberté se présentait à moi. Un des poulains, cependant, montrait des signes inquiétants de retrait : il ne suivait pas sa mère quand on l’emmenait s’abreuver à la fontaine du village, distante d’une cinquantaine de mètres. Il hurlait si on cherchait à s’approcher de lui. Nous étions perplexes.

poulain de 5 jours, Jura suisse, 1er mai 2014, photo Corine Hauser Rebetez
poulain de 5 jours, Jura suisse, 1er mai 2014, photo Corine Hauser Rebetez

 

C’est là que Monsieur le paysan d’en-bas est venu me voir pour me proposer la chose suivante :

si tu réussis à apprivoiser ce poulain et à le ramener parmi nous, il est à toi !

C’est ce que j’ai fait, bien sûr !

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