Star Dust ~ 3

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Si toi, chère lectrice ou cher lecteur, tu as dû attendre aussi longtemps pour avoir la suite de l’histoire de mon petit Gugus, c’est parce qu’il fallait à ma narration une illustration telle la photo ci-dessus prise il y a quelques jours… Une certaine vision du bonheur pour enfin être capable de revivre, en mots, ce qui s’est déroulé dans la cour d’une ferme cet été-là.

J’avais donc 13 ans environ et résonnait en moi la promesse du paysan : si tu réussis à apprivoiser ce poulain et à le ramener parmi nous, il est à toi ! 

Comme j’étais heureuse et fière de pouvoir me déplacer tout autour de l’écurie et dans le verger voisin avec Gugus sur mes talons ! Dans ma tête, j’avais mon cheval ! Et la famille du paysan semblait aussi heureuse que moi.

Les vacances d’été sont arrivées, Gugus grandissait au pré, dans les ‘jupons’ de sa mère, et me suivait pour jouer dès que j’arrivais. Mes souvenirs sont flous parfois mais je sais en moi combien cette belle saison fut merveilleuse. Et un jour, il a fallu que je retourne à l’école… J’avais moins de temps à lui consacrer, ce qui ne m’empêchait pas, tous les soirs après les cours et les devoirs, d’enfiler vite fait mes ‘habits du dehors’ et de courir le retrouver. Jusqu’au soir où, quelques deux semaines après la reprise de l’école, en arrivant à la ferme, j’ai trouvé leur stalle…. VIDE ! L’autre jument et l’autre poulain (ils n’ont même pas de nom dans ma mémoire) étaient bien là, mais Gugus et sa mère avaient disparu : le paysan les avait vendus !!

Vous décrire le traumatisme que cela a été pour moi était impossible jusqu’à récemment. Parce que jusqu’à Chinook, rien – par la vie et les événements, par mes choix et mes épreuves – n’est venu cicatriser, réparer cette blessure en moi. Ah si, peut-être une chose, dont je ne suis pas particulièrement fière… Faut dire que j’en ai tellement voulu au paysan qu’à partir de ce jour-là je ne suis plus jamais retournée dans sa ferme. J’en ai aussi beaucoup voulu à ma famille qui n’a pas levé le petit doigt devant cette trahison. La seule réaction de mes parents fut de me dire, comme à une amoureuse déçue et déprimée : un de perdu, dix de retrouvés… Sauf que personne ne m’encourageait dans mon désir de cheval, à part peut-être mon père, à demi-mots, qui était le seul à avoir aussi une affection particulière pour eux.

Ce dont je ne suis pas fière, donc, c’est d’avoir osé me réjouir quand le paysan est mort, asphyxié dans son silo… C’était quelques temps (mois ? années ?) après la mort tragique de mon père et cette mort-là eut dans ma bouche le goût de la revanche…

Le goût dans ma bouche aujourd’hui, après 40 ans de découragement et d’interdiction intérieurs à l’idée d’avoir mon propre cheval, vous le voyez sur la photo : tout est part-donné, Chinook est avec moi !

Tita, avril 2017

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